Sans conteste, la plus grande figure féminine de la période napoléonienne. Elle illumine par sa beauté exceptionnelle et son esprit les salons mondains, littéraires et politiques.

Tous les grands hommes du siècle sont amoureux de Madame Récamier. Parmi ses soupirants : Ampère, Benjamin Constant, Lucien Bonaparte, Auguste de Prusse. Et Chateaubriand, qui fera - peut-être - plus que de soupirer : il existe une énigme "Récamier".

Sainte-Beuve parle à son propos d'un "doux génie". Ce génie, Madame Récamier l'utilise d'abord pour combattre Napoléon. Secrètement, elle est initiée à tous les projets de conspiration contre l'Empereur, qui pour la plupart naissent dans son salon. Foyer intellectuel où se croisent les plus grands esprits du temps, le salon de Madame Récamier est ainsi l'un des centres d'opposition les plus acharnés au régime impérial.

Juliette a quinze ans lorsqu'elle épouse Jacques-Rose Récamier, riche banquier, de 27 ans son aîné. Est-elle vraiment la fille de son père officiel, le notaire lyonnais Jean Bernard ? Ou bien de Jacques-Rose Récamier lui-même, qui aurait eu une liaison avec sa mère? Un curieux doute subsiste.Voilà, en tout cas, qui expliquerait que cet étonnant mariage soit demeuré "blanc", comme on a tout lieu de le croire.

Son mari, lui, fait tout, pendant cette époque de Terreur, pour la protéger de l'influence qu'il juge corruptrice de la société parisienne. Ce qui n'empêchera pas la jeune femme de devenir l'une des figures de proue des événements mondains. Sa grâce attire tous les regards, y compris celui de Lucien Bonaparte qui, en 1799, la courtise assidûment.

C'est à l'avènement du consulat que commence la vraie vie mondaine de Madame Récamier : à l'hôtel Necker, récemment acquis, va défiler toute la société dans un faste exceptionnel. Cet hôtel de parade, véritable musée, devient aussi bien le rendez-vous des parvenus du nouveau régime que des nostalgiques de l'ancien. Les admirateurs se multiplient.

En 1802, elle se rend en Angleterre, où elle arrive auréolée d'une renommée internationale. On lui réserve un accueil digne des têtes couronnées. Madame Récamier enflamme l'Angleterre. Elle séduit par son apparente ingénuité, elle repousse les avances de ses soupirants sans pour autant les rebuter tout à fait.

Quand elle revient à l'hôtel Necker, son salon s'ouvre aux étrangers de bonne naissance. Les idées circulent, se confrontent, et peu à peu le cercle de Madame Récamier glisse sur la voie de l'opposition radicale au consulat. Bernadotte et Moreau y ourdissent des complots contre Bonaparte. Ce dernier ne supporte pas longtemps ce foyer de contestation : il fait fermer le salon en 1803. Par dépit, Madame Récamier refuse la place de dame du palais des Tuileries que lui propose Napoléon. Une période de vive tension s'engage. En 1805, quand M. Récamier est au bord de la faillite, Napoléon fait ce qu'il faut pour qu'il ne puisse se renflouer.

L'amitié que Madame Récamier entretient avec Madame de Staël à partir de 1807 ajoute à la colère de l'Empereur. Juliette suit pendant cinq ans Germaine de Staël qui, pourchassée par Napoléon, déplace sa cour en province, à Coppet, puis à Chaumont-sur-Loire. En 1811, cette amitié vaut à Madame Récamier d'être exilée à quarante lieues de Paris. Elle choisit alors de voyager. Murat la reçoit à Naples.

La nouvelle de l'abdication de son persécuteur, le 6 avril 1814, entraîne son retour. Le salon est réouvert. Elle y retrouve Madame de Staël, elle aussi revenue à Paris.

La 18 mai 1817, Madame Récamier - elle vient d'avoir 40 ans - est invitée à dîner par son amie, qui lui présente Chateaubriand. La passion qui illuminera toute la fin de son existence est née. C'est une renaissance pour Juliette. Son salon est plus que jamais le centre intellectuel et artistique de Paris. Il le reste pendant un quart de siècle, jusqu'à la mort du "doux génie" qui l'animait.

Cette biographie est reproduite avec l'aimable autorisation de

Cercle Histoire Et Figurines©